Michel Zéphirin Gauthier

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Michel Zéphirin Gauthier (1816-1990)

Michel Zéphirin Gauthier est l’arrière-arrière-petit-fils de Pierre Gauthier le farinier et de Marguerite Arcand. Il est né, a vécu et est décédé à Deschambault. 

Michel Zéphirin Gauthier, fils de Jean François-Xavier Gauthier (1788-1853) et de Marie-Anne Gariepy (1786-1854), est né le 29 septembre 1816 au soir à Deschambault. Il est baptisé à l’église Saint-Joseph le 30 septembre. Ses parrain et marraine sont : David Gariepy, oncle maternel et Julie Arcand, épouse du parrain.

Louis Gariepy, seigneur de La Chevrotière, est l’oncle de Michel Zéphirin Gauthier. Michel Zéphirin est l’unique fils de la famille; il n’a qu’une sœur, Éléonore, née en 1825, qui épouse Joseph Olivier Proulx en janvier 1842. 

 

À 19 ans, Michel Zéphirin Gauthier épouse Julie Arcand (1815-1880) 20 ans, fille mineure de feu François Arcand et de Françoise Touzin de Deschambault, le 26 janvier 1836 à l’église Saint-Joseph de Deschambault. Sont présents à la cérémonie : Augustin Germain Belisle, Jean-Baptiste Paré, ses amis, Louis Gosselin, frère de l’épouse, Louis Gariepy, oncle de l’époux et Louis Raymond. 

Au recensement de 1842, Zéphirin vit sur le premier rang du fleuve à Deschambault. Il est cultivateur. Sous son toit habitent 6 personnes, dont un engagé. Il possède 180 arpents en prairie et 80 arpents de terre cultivée. Il a récolté au cours de l’année précédente 350 minots anglais d’avoine, 60 minots de sarrasin, 350 minots de patates; il a produit 300 livres de sucre d’érable. Il possède 10 bêtes à corne, 4 chevaux, 13 moutons et 3 cochons. Dans l’année précédente, la maisonnée a manufacturé 7 verges d’étoffe foulée, 8 verges de flanelle et filé 20 livres de laine. Zéphirin est propriétaire.

En 1848, Michel Zéphirin Gauthier est capitaine de milice. Dès 1851, il est écuyer et juge de paix. En 1861, Zéphirin est marguillier de la paroisse Saint-Joseph de Deschambault. En 1880, il est toujours écuyer et juge de paix.

Michel Zéphirin Gauthier est juge de paix

Un juge de paix est nommé parmi la population du district où il exerce; aucune qualification en matière juridique n’est requise mais pour se qualifier, le candidat doit posséder un bien-fonds d’une valeur de 300 livres. 

 

« En 1832, Joseph-François Perrrault, protonotaire […] décrivait en ces termes le travail des juges de paix : « Ces messieurs sont nommés par le Roi pour le maintien de la paix. Ils reçoivent les plaintes contre ceux qui la troublent […] ils sont spécialement chargés de faire arrêter ceux qui sont inculpés de délits graves, et de les faire conduire à la prison commune du district. » Les responsabilités du juge de paix sont d’abord administratives et judiciaires ; il possède une compétence civile portant sur quelques matières bien définies : le recouvrement des taxes scolaires, les cotisations pour la construction ou la réparation de bâtiments religieux, l’agriculture et les dommages causés par les animaux. Son rôle en matière de réglementation publique touche également les questions de licences de tavernes, d’inconduite à l’église et d’ivresse publique.

Michel Zéphirin Gauthier est écuyer 

Le titre d’écuyer est essentiellement honorifique. Un écuyer inspire le respect de la communauté par son bon jugement. 

En 1853, les parents de Michel Zéphirin résident avec lui et avec sa famille sur le premier rang. Le 28 octobre 1853, son père Jean François-Xavier Gauthier et sa mère Marie-Anne Gariepy le nomment héritier et légataire général et universel. Par testament, Michel Zéphirin reçoit entre autres deux terres à Deschambault : une terre située au premier rang de la paroisse de Deschambault, de deux arpents de front sur environ trente arpents de profondeur bornée par devant au fleuve St-Laurent par derrière aux terres du second rang, joignant au sud-ouest à Olivier Mayrand et au nord-est à Olivier Gauthier, et un terrain en bois debout d’environ douze arpents de longueur sur trois arpents de largeur, borné par devant aux terres du premier rang, par derrière au chemin du second rang, joignant au nord-est à Augustin Xavier Delisle et au sud-ouest à David Bouillé et partie à Joseph Brunelle. 

 

Le père de Michel Zéphirin, Jean François-Xavier Gauthier, est décédé en novembre 1853; sa mère Marie-Anne Gariepy décède en janvier 1854 : Michel Zéphirin a 37 ans.

Michel Zéphirin Gauthier est un notable de la paroisse 

Au XIXe siècle, c’est la richesse foncière qui détermine l’appartenance au groupe des notables influents d’une paroisse. Zéphirin Gauthier est un notable de Deschambault. Michel Zéphirin Gauthier est propriétaire d’un des plus riches patrimoines fonciers de Deschambault. En 1861, comme Joseph Hamelin et François Hamelin du premier rang et Louis Létourneau et Pierre Delisle du deuxième rang, ses terres sont évaluées entre 8000 à 9000 dollars.

 

Michel Zéphirin Gauthier est un habitant prospère du premier rang. Il réside dans une maison en pierre. Il habite avec sa famille sur une terre de 2 arpents par 30 qui donne sur le fleuve (no 41) reçue en héritage de son père, et voisine de Joseph Germain fils d’André à l’ouest et d’Olivier Gauthier à l’est. Zéphirin possède aussi une autre parcelle (0.616 x 114.2 arpents) voisine de la terre de Demoiselle Louise de La Gorgendière, une longue bande sur les terres du Domaine seigneurial allant du premier au troisième rang (no 54). Il possède également d’autres terres sur le territoire de la paroisse, de même que dans la nouvelle paroisse Saint-Alban, au bord de la rivière Sainte-Anne. Ses terres du premier rang de Deschambault sont fléchées sur la carte de 1850.

Michel Zéphirin Gauthier est marguillier

 « Seuls les hommes, de préférence les chefs de famille d’âge mûr, peuvent remplir cette fonction. Les candidats au poste de marguillier doivent aussi répondre d’une bonne conduite morale et religieuse. En outre, la fonction est réservée aux propriétaires de biens fonciers résidant dans la paroisse. Enfin, on veille, autant que possible, à établir une rotation entre les rangs, afin que chaque partie de la paroisse soit représentée périodiquement au conseil de la fabrique. » Le rôle des marguilliers est de tenir les comptes de la fabrique (crier les bancs à l’enchère, faire la quête de l’Enfant-Jésus, distribuer cette même quête aux pauvres, mettre les terrains de la fabrique en valeur et faire les achats de matériel ou d’ornements pour l’église). À ces tâches s’ajoutent d’autres responsabilités : planifier les travaux de construction, de réparation et d’entretien des bâtisses religieuses; assurer le bon ordre durant les offices religieux; surveiller le travail et la conduite des employés de la fabrique et fixer leur salaire; gérer la vente et l’achat de terrains pour la fabrique ou encore négocier la possibilité que cette dernière puisse faire des dons ou des prêts. Le conseil des marguilliers peut intenter des poursuites judiciaires contre ceux qui ne paient pas leur dû à la fabrique. « Les marguilliers ont de plus un droit de regard sur les mœurs dans la paroisse. Ils interviennent sur la réglementation locale : consommation d’alcool, émission de certificats de bonne conduite aux cabaretiers, maintien du bon ordre dans et près de l’église et de la salle publique ainsi que dans le chemins et places publiques adjacents. 

 

En septembre 1861, en sa qualité de marguillier de la paroisse Saint-Joseph et au nom des marguilliers anciens et nouveaux, Michel Zéphirin Gauthier autorise quatre paroissiens de l’intérieur des terres, dont Pierre Nérée Gauthier (1814-1880) à construire des écuries pour leurs chevaux sur le terrain de la fabrique (où se trouvent de nos jours le bureau de poste et la caisse populaire). Ces paroissiens sont tenus d’entretenir et de nettoyer lesdites écuries. Sur un document notarié apparaissent à la fois la signature de Zéphirin, et celle de Pierre Nérée Gauthier, lui aussi arrière-arrière-petit-fils de l’ancêtre et pionnier Pierre Gauthier :

Chez le Bonhomme Gauthier

À Cap Santé, un rang est désigné sous le curieux nom de « Petit Bois de l’Ail ». Selon la tradition orale de Deschambault, la chanson intitulée  « Le p’tit bois d’ail » aurait été composée à Deschambault dans la maison de Michel Zéphirin Gauthier. Peut-être a-t-elle plutôt été composée dans la maison voisine de Delphis Gauthier, ou à Cap Santé, où habitait un dénommé Gauthier. Elle raconte l’histoire d’un homme qui, un bon soir, essaie de faire la cour à la fille de la maison. Le père – le bonhomme Gauthier – qui est couché signale au prétendant qu’il est plus que temps de partir.  

 

Par un dimanche au soir m’en allant promener

Et moi et puis François tous deux de compagnée

Chez le bonhomm’ Gauthier

Nous avons ‘té veiller;

Je vais vous raconter 

Le tour qui m’est arrivé 

 

Cette chanson folklorique, adaptée par des bûcherons québécois, est depuis connue sous le titre de Youpe! Youpe! Sur la rivière! 

Le 19 août 1862, Zéphirin Gauthier et son épouse font une donation à leur fils Oliva (1839-1886), devant le notaire Nicolas Gauthier. Oliva, jeune marié, réside avec eux; la donation consiste en une terre d’environ deux arpents et trois-quarts sur quarante arpents de profondeur située sur le second rang, avec une grange et une étable qui y sont construites. Le même jour, Zéphirin et son épouse Julie font une donation à leur fils François-Xavier et signent une obligation à Dame Anna Perron, veuve de son fils Trefflé.

Michel Zéphirin Gauthier : propriétaire de goélette

Une réquisition contre Trefflé Gausselin, navigateur du premier rang, faite devant le notaire Mayrand le 15 octobre 1868 (Acte no 340) nous apprend qu’au printemps 1867, Michel Zéphirin Gauthier, juge de paix, est propriétaire d’un navire de près de 35 tonneaux, construit « au coût de 230 livres quatre schellings et dix-huit sous courant, non compris le bois de construction ». Michel Zéphirin avait vendu la moitié du vaisseau au dit Trefflé Gausselin qui s’engageait à payer sa part en deux saisons. Non seulement Trefflé n’a pas payé, mais il a négligé l’entretien, a causé des dommages par de mauvaises manœuvres d’accostage, et a utilisé les voiles du navire pour protéger le toit de sa maison… En conséquence, il doit payer 40 livres pour la réparation du navire et le remettre à Zéphirin Gauthier qui par la suite le donnera à son fils François-Xavier. Cette barge s’appelle « Tempérance de Québec ».

Le vaisseau dont il est question est une goélette à voiles à fond plat, la voiture d’eau la plus courante au XIXe siècle, conçue pour répondre aux difficultés de la navigation sur le fleuve. Ce navire à fond plat peut accoster partout; des charrettes, tirées par des chevaux, descendent sur la grève jusqu’à la goélette et, selon le cas, y chargent ou déchargent leurs marchandises. À Deschambault, la plupart des « goélettes qu’utilisent les cultivateurs et les propriétaires de scieries pour acheminer leur bois de chauffage et de construction à Québec ont été construits au chantier naval situé à l’embouchure de la rivière Lachevrotière. »

Les donations de Michel Zéphirin à ses enfants

Le 29 septembre 1868, devant le notaire Mayrand de Deschambault, Michel Zéphirin Gauthier et Julie Arcand font une donation entre vifs : ils cèdent tous leurs biens, meubles et immeubles, à leur fils François-Xavier Gauthier (1840-1909) et à son épouse Marie Paquin, moyennant leur prise en charge par ces derniers, la vie durant, « tant en santé qu’en maladie ». François-Xavier Gauthier et son épouse doivent en outre « garder, nourrir, chauffer, blanchir, entretenir de hardes et linges chaussures et coiffures tant pour jours ouvrables que pour les fêtes et dimanches, d’une manière convenable chacun de leur frère et beau-frère nommés Victor Gauthier (1855-1936) et Désiré Gauthier (1853 ≥1908) jusqu’à ce qu’ils soient pourvus par mariage ou autrement […] payer à chacun des dits frères et beau-frère Victor et Désiré la somme de cent louis courant, d’hui à huit ans, sans intérêt, avec à chacun d’eux un cheval du prix de dix louis courant, un lit commun et ordinaire, une vache, un mouton, livrables d’hui à huit ans. » François-Xavier doit entretenir ses deux sœurs encore à la maison : Emma (1849-1899) et Joséphine (1851-xxxx) et à leur mariage leur fournir « un lit commun et ordinaire, une vache, un buffet ou une commode, un rouet à filer et un mouton». Il doit aussi faire don à chacune de ses sœurs Adèle (1838-xxxx), Élise (1842-1900), Lumina (1845-1890), Emma, Joséphine Gauthier (1851-xxxx) la somme de vingt louis courant. Zéphirin et son épouse Julie prévoient dans l’acte notarié « que dans le cas [où les parties] ne pourraient pas s’accorder entre elles, soit par incompatibilité d’humeur ou autrement, les donateurs leur vie durant et du survivant d’eux, prendront la chambre du coté sud-ouest de leur maison […]. » Zéphirin se réserve le droit de conserver son fusil à deux coups et ses pièges sa vie durant… 

Tout au long de sa vie, Michel Zéphirin Gauthier verra à pourvoir tous ses enfants, comme en témoignent les actes notariés consultés.

Au recensement de 1871, Michel Zéphirin Gauthier, cultivateur, 55 ans, marié à Julie Arcand, 56 ans, habite sur le premier rang avec son fils François-Xavier Gauthier, cultivateur, 29 ans et sa femme Marie – ils sont cultivateurs – ainsi qu’avec ses enfants Victor, Désiré, navigateur, et Joséphine et trois petits-enfants. L’épouse de François-Xavier Gauthier, Marie Paquin, fille de Léon et Julie Proulx, est sa parente au quatrième degré. La famille d’Olivier Gauthier et son épouse Luce Mayrand est voisine au nord-est et Jean Mayrand et sa famille sont voisins au sud-ouest. 

 

En juin 1875, la fille de Michel Zéphirin Gauthier et de Julie Arcand, Emma Gauthier épouse en secondes noces le pilote licencié Louis Belisle, qui sera maire du conseil municipal de Deschambault et écuyer. Le couple habite d’abord au deuxième rang, lot no 206, avec le père Isidore Belisle, au moins jusqu’au recensement de 1891, puis dans le village de Deschambault.

Le testament de Michel Zéphirin Gauthier

Le 17 janvier 1880, devant le notaire Fleury de La Gorgendière de Portneuf, François-Xavier Gauthier, fils de Zéphirin Gauthier, fait don à son père de ses terres « nommées ainsi au plan et livre de renvoi de cadastre » : no 20, au premier rang, no 295, au troisième rang, no 304, troisième rang. De plus, François-Xavier cède à son père tout le mobilier qu’il possède, tant meubles, voitures qu’instruments agricoles. En contrepartie, le père payera les obligations prises par son fils auprès de quatre résidents de Deschambault. Toujours devant Me Louis-Charles-Alexandre Fleury de la Gorgendière, le même jour, soit le 17 janvier 1880, immédiatement après que son fils lui ait cédé ses biens, Michel Zéphirin Gauthier, écuyer, juge de paix et ancien cultivateur, fait son testament à l’âge de 63 ans. Ce testament stipule qu’à sa mort, Zéphirin cède la totalité de ses biens à sa belle-fille Marie Paquin, épouse de son fils François-Xavier.

« Sain d’esprit, de mémoire, jugement et entendement ainsi qu’il est apparu au dit notaire et témoins […] il a dicté son testament mot pour mot ainsi qu’il suit : Premièrement, comme chrétien, catholique, apostolique et romain, le dit testateur recommande son âme à Dieu, suppliant sa divine majesté de lui pardonner ses fautes et lui accorder la béatitude éternelle. Secondement, ordonne que les dettes soient payées et torts par lui faits, si aucuns se trouvent réparés sur ses biens par son exécutrice testamentaire ci-après nommée. Troisièmement, ordonne le dit testateur qu’après sa mort son corps soit inhumé dans l’église de la dite paroisse d’Eschambault et qu’il soit chanté sur son corps le jour de son enterrement un service ordinaire […] et de lui faire dire et acquitter dans l’année de son décès la quantité de cent messes basses de requiem pour le repos de son âme. Quatrièmement, donne et lègue le dit testateur à sa brue nommée Marie Paquin épouse de Xavier Gauthier l’un de ses fils, le […] de tous ses autres biens, meubles et immeubles […] qui lui appartiendront au jour et heure de son décès sans aucune réserve pour en jouir en toute propriété et à perpétuité en vertu des présentes. La nommant et instituant sa légatrice générale et universelle et son exécutrice testamentaire […] À la charge seulement par la dite dame Marie Paquin de faire inhumer à ses frais et dépens le corps de dame Julie Arcand épouse du dit donateur en l’église de la dite paroisse St-Joseph d’Eschambault avec service sur son corps le jour de son enterrement et un semblable au bout de l’an de son décès, et lui faire dire et acquitter la quantité de cent messes basses de requiem pour le repos de son âme. Ce fut ainsi fait, dicté et nommé par le dit testateur au dit notaire (en) présence des sieurs Ovide Bigué, tailleur et Gaston Bélanger, commerçant tous deux en la dite paroisse Notre-Dame de Port Neuf […] »

 

Le lendemain de la rédaction de son testament, Zéphirin Gauthier devient veuf… Son épouse Julie Arcand décède à Deschambault le 18 janvier 1880, à l’âge d’environ 65 ans; « son corps est inhumé dans l’église de la paroisse » le 20 janvier en présence de Ferdinand Perron et de Wilbrod Darveau. Son époux Michel Zéphirin a 63 ans.

Le testament de Michel Zéphirin Gauthier est rédigé à Portneuf devant le notaire Fleury de la Gorgendière, descendant du seigneur d’Eschambault, celui-là même qui avait fait venir le farinier Pierre Gauthier dans sa seigneurie en 1720…

Le 9 décembre 1880, Michel Zéphirin Gauthier et son fils François-Xavier vendent à Monsieur Albert Chavigny de la Chevrotière, au montant de cent quarante piastres courant, un campeau de terre en bois debout situé au troisième rang de la paroisse de Deschambault d’environ trois-quarts d’arpent de terre de largeur sur environ dix-huit arpents de profondeur « avec la réserve de la cabane à sucre qui est actuellement sur le dit campeau. ».

Deuils et départs

Michel Zéphirin Gauthier vit plusieurs séparations au début des années 1880 : le départ définitif de son épouse Julie Arcand, décédée en janvier; le départ de sa fille Joséphine avec son époux pour Montréal et de même que celui de son fils Désiré – Désiré sera ingénieur à Montréal; l’exil temporaire de son fils Oliva avec sa famille pour la Nouvelle-Angleterre – sa belle-fille y décédera peu de temps après leur arrivée à Lowell, en mars 1882. Mais ses autres enfants habitent tout près et Michel Zéphirin est un homme respecté et puissant à Deschambault. En outre, son gendre Louis Belisle est le maire du village de 1881 à 1891.

Un des fils de Michel Zéphirin Gauthier, Joseph Désiré, né en 1853, est ingénieur à Montréal en 1881. Son petit-fils Damase, fils de François-Xavier qui vit avec lui, va se marier à Montréal en 1889, à la paroisse Sainte-Cunégonde. Deux autres enfants de François-Xavier iront vivre et se marier à Montréal : Georges, menuisier, marié en 1907 à la paroisse Sainte-Cunégonde et Lorette, mariée en 1910 à Joseph Marcotte, menuisier, elle aussi à la paroisse Sainte-Cunégonde; étant mineure à son mariage, Bernard Marcotte agit comme tuteur. Sa petite-fille Alice Gauthier (1884-1943), fille de Victor et d’Henriette Boissonnault du deuxième rang ira aussi vivre à Montréal en 1905 après son mariage à Deschambault avec Théode Gauthier (1881-1958) menuisier de Saint-Gilbert.

Au recensement de 1891, Michel Zéphirin Gauthier, cultivateur, est veuf; il a 74 ans. Il vit sur sa terre du premier rang avec son fils François-Xavier, 49 ans, messager du Conseil, son épouse et leurs 7 enfants. D’un côté, il est voisin de Delphis Gauthier (fils de défunts Olivier et Luce Mayrand), cultivateur et son épouse Délina, qui occupent la terre d’Olivier Gauthier, et voisin de l’autre côté de son ami Israël Paquin et son épouse Julie Julien. La maison de Michel Zéphirin Gauthier se dresse encore, solide, sur le premier rang.

Maison ayant appartenu à Zéphirin Gauthier, 156 chemin du roy, Deschambault, Photo : JLB

Michel Zéphirin Gauthier habite avec son fils François-Xavier et sa belle-fille Marie Paquin. Le 30 juillet 1891 à Deschambault, l’épouse de François-Xavier et héritière de Michel Zéphirin, Marie Paquin, décède à l’âge de 45 ans. En conséquence, le 24 août 1891, Michel Zéphirin fait une donation entre vifs de sa terre du premier rang (lot no 20)  à son fils François-Xavier, employé civil du gouvernement de la province et habitant la cité de Québec, d’une autre terre située au troisième rang, de ses biens meubles, voitures etc. Il est convenu que le donataire devra payer une rente annuelle et viagère de cent piastres courant et loger le donateur. Dans cet acte de donation, Zéphirin demande de payer à sa petite-fille Marie-Clara (fille de François-Xavier), à sa majorité, la somme de cinquante piastres « en raison de ses bons soins »; Marie-Clara (Claire) est institutrice en 1898.

Lot no 20. Plan du comté de Portneuf d’après le Cadastre, Ministère de la colonisation, 1932 [détail]

Au recensement de 1891, quelques enfants de Michel Zéphirin sont des habitants du deuxième rang. Sa fille Emma et son gendre Louis Belisle y résident, dans une maison en bois, avec les beaux-parents d’Emma, Isidore Belisle, 75 ans et Adelaïde Arcand, leurs quatre enfants et un serviteur, Alfred Hamelin, 28 ans; ils sont voisins de Louis Arcand et de Josaphat Mayrand (lot no 206). Sa fille Elise et son gendre Trefflé Touzin habitent dans une maison en bois (au deuxième rang, à l’est du lot no 206). Son fils Victor réside aussi sur le deuxième rang avec son épouse Henriette Boissonnault et leurs quatre enfants (lot no 226). Sa fille Lumina est décédée au recensement de 1891, mais de son vivant, elle habitait au cinquième rang et son époux Bernard Marcotte, remarié, continue d’y résider avec sa seconde épouse Edwidge Perrault et avec son père prénommé Bernard.

Le fils de Michel Zéphirin, François-Xavier Gauthier épouse en deuxièmes noces une parente, Phérienne Petit, à Saint-Gilbert, en février 1894.

La vente de la terre ancestrale

Le 14 juin 1898, en après-midi, à l’étude du notaire Charles Marcotte de Deschambault, François-Xavier Gauthier, accompagné de son père Michel Zéphirin Gauthier « qui est intervenu aux présentes », vend à Gilbert Gignac, meunier, « la terre située au premier rang, de deux arpents de large sur trente-deux arpents de longueur, le tout plus ou moins, bornée au sud au fleuve Saint-Laurent, au nord aux terres du second rang, joignant au nord-est à Delphis Gauthier [fils d’Olivier et de Luce Mayrand], au sud-ouest à Israël Paquin, avec ensemble la maison, la grange, étable et autres bâtisses dessus construites, connue et désignée sous le numéro 20 sur le plan et livre de renvoi du cadastre du comté de Portneuf (…) avec le droit au vendeur de demeurer avec sa famille dans la maison (…) l’acheteur aura le droit de loger la récolte de foin et de grains dans les bâtiments sur la dite terre ». Le prix de vente est deux mille cinq cent piastres courant, payé comptant  (Acte no 1698).  

 

Le 2 juillet 1898, devant le notaire Charles Marcotte, le curé de la paroisse Saint-Joseph de Deschambault signe un bail à rente foncière à François-Xavier Gauthier pour un emplacement à distraire du terrain de la fabrique appelé « Le verger », à proximité de l’église de la paroisse de Deschambault, au sud-ouest d’une rue projetée conduisant au chemin de la Reine (jamais ouverte) passant entre les emplacements de Messieurs Nérée Belisle (beau-frère d’Emma Gauthier) et Louis Frenette. François-Xavier Gauthier fera construire une maison sur ce terrain.

Plan du comté de Portneuf d’après le Cadastre, Ministère de la colonisation, 1932 [détail]

Une famille de douze enfants

Michel Zéphirin Gauthier, cultivateur, et Julie Arcand ont 12 enfants, tous nés à Deschambault :

  • Trefflé, né le 27 décembre 1836, parrain : Jean Olivier Gauthier, marraine : Marie Sophie Gauthier; cultivateur, il épouse Marie-Anna Perron le 2 juin 1857 à Deschambault, décédé avant le 21 août 1862;
  • Adèle, née le 7 janvier 1838; parrain : Philippe Gosselin, marraine : Marie-Anne Gariepy; elle épouse Joseph Delisle le 23 mai 1854 à Deschambault; le couple va s’établir à St-Alban vers 1857; Adèle est décédée après avril 1898;
  • Jean Oliva, né le 5 mars 1839, parrain : Louis Gariepy, écuyer, marraine : Julie Paquin; cultivateur, il épouse à Deschambault Rose de Lima Touzin, sœur de Treflé Touzin, le 29 janvier 1861 (troisième degré de consanguinité) (ct. mariage Nt. Léon St-Amant no 1333, 22-01-1861) Rose Delima est décédée le 30 mars 1882 à Lowell, Mass.; il épouse en secondes noces, avant décembre 1882, Cléphire Paquin, veuve d’Amédée Perron, navigateur; décédé le 14 avril 1886 (testament no 3339, Nt Mayrand);
  • François-Xavier, né le 8 août 1840, parrain : Auguste Gauthier, marraine : Marie Éléonore Gauthier; cultivateur, il épouse à Deschambault Marie Paquin (fille de Léon et de Julie Proulx) le 3 février 1863 (quatrième degré de consanguinité); employé civil, il épouse en secondes noces Férienne Petit le 5 février 1894 à Saint-Gilbert; décédé le 22 août 1909 à l’âge de 69 ans et inhumé le 25 août à Deschambault;
  • Marie Élyse, née le 24 août 1842, baptisée le 26 août 1842; parrain : Onésime Proulx, marraine : Flore Gauthier; elle épouse à Deschambault Tréflé Touzin, cultivateur, frère de Rose-de-Lima Touzin, le 29 janvier 1861 (troisième degré de consanguinité); le couple habite Deschambault au recensement de 1871 et 1891; Trefflé est décédé le 27 novembre 1900 à Deschambault; Élyse est décédée le 19 novembre 1907;
  • Marie Lumina, née le 24 mai 1845; parrain : Joseph Delisle, marraine : Marie Julie Proulx; elle épouse à Deschambault Bernard Marcot le 12 février 1867; testament de Lumina le 25 décembre 1876 devant le notaire A.O. Mayrand (no 1735); décédée à 45 ans à Deschambault le 31 juillet 1890;
  • Louis Damase, né le 18 mai 1847; parrain : Jean Gauthier, marraine : Luce Mayrand; il épouse à Deschambault Émérence Gauthier, fille de Nérée Gauthier, le 24 janvier 1869 (consanguinité du deuxième degré); le couple habite St-Alban au recensement de 1871 et au mariage de leur fille Rose Anna en novembre 1896 et Lac-aux-Sables, paroisse Saint-Rémi en 1905; décédé le 10 janvier 1914, à 66 ans, et inhumé dans le cimetière de la paroisse Saint-Rémi de Lac-aux-Sables le 12 janvier 1914;
  • Marie Emma, née le 12 avril 1849; parrain : Pierre Victor Gariepy, marraine : Flore Paquette; elle épouse à Deschambault Alfred Mayrand, cultivateur, le 24 janvier 1869 (consanguinité du quatrième degré); le couple habite à Deschambault chez les parents de l’époux, Raymond et Hortense Raymond, au recensement de 1871; elle épouse en secondes noces Louis Belisle, pilote, fils de Isidore et de Camille Paquet, le 2 juin 1875, décédé le 28 décembre 1898; Emma est décédée le 3 janvier 1899; le couple habite sur une partie du lot 43, près de l’église, à leur décès; inventaire des biens de succession le 19 janvier 1899, devant le notaire Charles Marcotte, acte no 1813;
  • Marie Joséphine, née le 13 octobre 1851; parrain : Joseph Proulx, marraine : Célanire Morin, épouse à Deschambault Louis Damase Morin, navigateur, le 17 novembre 1873; le couple va s’établir à Montréal, d’abord dans la paroisse Sainte-Cunégonde puis en 1909 dans la paroisse de La-Nativité-de-la-Vierge-Marie; Damase Morin est ingénieur mécanicien puis employé civil à Montréal; six enfants du couple se marient à Montréal entre 1900 et 1911;
  • Joseph Désiré, né le 1er juin 1853, parrain : Olivier Proulx, marraine : Clélie Brunette; navigateur, il épouse à Deschambault Adélaïde Joséphine Esquiambre dite Sansfaçon le 17 novembre 1873; ingénieur résidant à Montréal, cité de Maisonneuve, en 1881, trois enfants du couple se marient à Montréal (Georges et Maria en 1900, Marie-Louise en 1908); décédé après 1908;
  • Louis Victor Gauthier, né le 3 avril 1855; épouse Henriette Boissonnault le 7 août 1876 à Deschambault; décédé à Deschambault le 25 mars 1936;
  • Joseph Ludger, né et baptisé le 9 juillet 1857; parrain : Jean Oliva Gauthier, marraine : Marie Élyse Perron; décédé le 15 septembre 1857.

La phase d’expansion de la famille a duré 20 ans. La mère, Julie Arcand, a donné naissance à 5 filles et 7 garçons, sur une période de 20 ans et 6 mois. Six enfants du couple font des mariages doubles : Élise et Oliva en janvier 1861, dont les époux sont frère et sœur, les Touzin; Louis Damase et Marie Emma en janvier 1869; Joséphine et Désiré en novembre 1873. Sur les onze mariages de leurs enfants, six sont des unions consanguines.

Michel Zéphirin Gauthier a 41 ans au mariage du premier enfant, Trefflé; Julie en a 42. Trefflé meurt en 1861; Michel Zéphirin a 45 ans, Julie a 46 ans. À trois autres reprises, Michel Zéphirin, veuf, éprouvera la tristesse d’enterrer trois enfants qui vivaient à Deschambault : Oliva en 1886, Lumina en 1890 et Emma en 1899. Damase et Adèle quittent Deschambault pour aller vivre à Saint-Alban avec leur famille respective. Désiré et Joséphine s’établissent à Montréal. Oliva part avec sa famille aux États-Unis et reviendra à Deschambault deux ans plus tard.

Des dix enfants encore vivants en 1862, cinq ne quitteront pas la paroisse Saint-Joseph de Deschambault : François-Xavier, Élise, Lumina, Emma, Victor. Ils habitent au premier et au deuxième rang; Oliva reviendra sur sa terre du deuxième rang après son intermède américain.

Les dernières années

Dans les dernières années de sa vie, Michel Zéphirin Gauthier peut compter sur la présence à Deschambault de quatre enfants : Emma qui habite au village sur le chemin du Roy et qui est l’épouse de l’ancien maire; François-Xavier, qui vit avec lui; Élise qui habite avec son époux Trefflé Touzin au deuxième rang, lot no 199 et Victor qui habite aussi au deuxième rang. Il inspirera l’affection de ses petits-enfants, notamment de Marie-Clara, fille de François-Xavier. Sa fille Emma décède à 49 ans en janvier 1899.

Michel Zéphirin Gauthier est décédé le 20 février 1900 à l’âge de 83 ans et inhumé dans l’église de la paroisse de la paroisse Saint-Joseph de Deschambault le 22 février 1900.

Michel Zéphirin Gauthier est inhumé dans l’église de la paroisse

Avant lui, son père Jean François-Xavier, sa mère Marie-Anne Gariepy, son épouse Julie Arcand, avaient été enterrés dans l’église paroissiale et non pas à l’extérieur, dans le cimetière voisin. Il n’y a pas de sens caché : les corps étaient enterrés sous les dalles du pavement de l’église; les dalles étaient soulevées à l’occasion de l’enterrement. Sans doute étaient-ils des personnages importants et estimés de la communauté. En effet, aux XVIIIe et XIXe siècles, les églises paroissiales accueillaient la sépulture des notables, des dignitaires, des seigneurs ou encore des religieux de la paroisse.

Des ossements trouvés dans l’église Saint-Joseph de Deschambault en ont été retirés au cours de travaux de plomberie exécutés pour y installer des gicleurs; ils ont été enterrés dans le cimetière de la paroisse.

Stèle dans le cimetière de Deschambault. Photo : NC

Au recensement de 1901, le fils de Michel Zéphirin Gauthier, François-Xavier, n’habite plus la maison ancestrale du premier rang, dans les fonds de Deschambault, sur lot no 20; la maison a été vendue à Gilbert Gignac et à son épouse Luce Perron. François-Xavier est employé du chemin de fer; sa fille Amanda, 25 ans, est assistante maîtresse de poste; sa fille Marie, 23 ans, est couturière. François-Xavier et son épouse Férienne habitent au village, dans une maison au toit à quatre versants, avec véranda sur deux façades; ils sont voisins de Nérée Belisle, pilote. Le frère de Nérée Belisle, Louis, avait épousé Emma Gauthier, la sœur de François-Xavier Gauthier. Nérée Belisle est le tuteur des enfants orphelins de Louis Belisle et d’Emma Gauthier.

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Alice Gauthier (1884-1943), fille de Victor du deuxième rang de Deschambault et petite-fille de Michel Zéphirin vit à Montréal avec son époux Théode Gauthier (1881-1958), fils de Louis (1842-1913) et d’Elzire Frenette. Alice Gauthier vient visiter ses sœurs à Saint-Marc-des-Carrières en juin 1941. 

 

Reconnaissez-vous les deux sœurs d’Alice Gauthier présentes sur la photo ? Est-ce Marie, épouse d’Adélard Caron ? Ou Rose, épouse de Narcisse Cloutier ? Ou Auréa, épouse de Joseph Gariepy ?

Alice Gauthier, à droite, et deux de ses sœurs, juin 1941

Qui aurait des photos de Michel Zéphirin Gauthier, de son épouse Julie Arcand et de leurs enfants, nos ancêtres ?

1 – Joseph-François Perrault : Code rural à l’usage des habitants tant anciens que nouveaux du Bas-Canada, Imprimerie Fréchette, Québec, 1832 : p. 29

2 – Deschambault : p. 76

3 – C. Dessureault et C. Hudon : « Conflits sociaux et élites locales au Bas-Canada : le clergé, les notables, la paysannerie et le contrôle de la fabrique », The Canadian Historical Review, vol. 80, no 3, septembre 1999 : p. 119-120

 

4 – Deschambault : p. 57

 

Nicole Cardinal, arrière-arrière-petite-fille de Zéphirin GauthierMontréal, mai 2018